Face à Face avec Flavio Bonnet : “Prouvons-le”

Kinésithérapeute, entrepreneur, passionné de recherche mais aussi d’innovation, Flavio est un homme plein d’idées et de projets dont l’énergie est communicative !

Avec ses multiples casquettes, il ressemble un peu à notre équipe au sein de Kobus; et nous nous retrouvons aussi dans son optimisme et dans sa volonté de contribuer à faire progresser les choses autour de lui.

C’est pour cela que nous avons souhaité l’interviewer pour en savoir plus 🙂

Episode 1 : La face kinésithérapeute

Bonjour Flavio, peux-tu te présenter s’il te plait et nous raconter ton parcours en tant que kiné?

J’ai été diplômé en 2010 à l’école de Grenoble et j’ai enchaîné avec un master de recherche, avec une partie en France et une partie au Canada.

Puis j’ai eu mon examen de compétence MDT (Méthode McKenzie) et j’ai suivi un MOOC avec l’Université de Harvard pour obtenir un diplôme en biostatistique, alors j’aime bien dire que je suis diplômé de Harvard ! (rire).

J’ai monté un cabinet orienté sur les pathologies musculo-squelettiques et sportives avec Thomas Regnier il y a bientôt 4 ans: le Centre Kiné et Sport Paris 5. Mon associé étant parti s’installer en Normandie, je partage maintenant le cabinet avec trois collaborateurs géniaux: Jean Philippe Deneuville, Adrien David et Sylvain Perterlongo.

J’ai aussi été successivement responsable de la commission recherche puis Vice-Président et enfin Président de lAssociation Française McKenzie en 2015. C’est une association de praticiens, qui ne dispense pas de formations et n’a pas de but lucratif, mais qui constitue un réseau d’environ 300 McKenzistes français passionnés dont l’objectif est de promouvoir une approche rigoureuse et basée sur les preuves.

Ce n’est pas si courant de faire de la recherche en kiné, comment es-tu venu à t’y intéresser ?

L’école de Grenoble a toujours été en pointe sur la recherche donc j’y ai été confronté dès mes études. J’aime beaucoup lire des articles scientifiques et encore plus rencontrer les auteurs de ces articles !

C’est d’ailleurs de ça qu’est venue l’agence EBP (on vous en parle plus dans l’épisode 2 de l’interview! )

C’est quoi exactement l’EBP ?

EBP ça signifie evidence based practice (comme evidence based medecine). Très concrètement, cela consiste à avoir une pratique basée sur les preuves scientifiques et qui repose sur trois dimensions :

  • Tenir compte de son expérience
  • Se tenir à jour de la recherche et l’utiliser de façon judicieuse
  • Prendre en compte les attentes des patients

Ca a l’air cool dit comme ça, pourquoi tout le monde n’y est pas favorable ?

Je pense que cela est tout d’abord dû à une méconnaissance de ce que c’est vraiment l’EBP et c’est donc une crainte par rapport à l’inconnu.

Mais il y a aussi une peur que cela dicte la façon dont les kinés doivent pratiquer leur métier : or quand on voit les trois dimensions sur lesquelles reposent l’EBP, on comprend bien que c’est tout le contraire de l’objectif d’une démarche EBP !

Egalement, il me semble que les gens ont souvent l’impression que l’EBP ne va servir qu’à prouver qu’on ne sert à rien. Moi je suis très optimiste; je pense, au contraire, que cela va nous permettre de conforter certaines pratiques et d’en recadrer d’autres pour mieux les valoriser ! Par exemple, la recherche a montré que l’exercice et la mobilisation étaient les meilleurs traitements pour les gens souffrant d’arthrose !

” Cela me semble être un passage obligé pour valoriser notre profession et apporter la preuve de notre efficacité (pour que la kinésithérapie continue à être remboursée notamment). “

Quels sont les freins à une diffusion plus massive de l’EBP ?

Il y a un frein historique lié à notre formation initiale qui est hors du système universitaire. La récente réforme va d’ailleurs dans le bon sens mais cela n’est pas suffisant (cf interview de la FNEK)

Et ensuite, il y a un problème lié à la langue de la recherche qui est en anglais et on sait les difficultés qu’ont les Français avec l’anglais, bien que cela s’améliore ! C’est d’ailleurs pour cela que nous traduisons tout à l’agence EBP 🙂

Mais je pense sincèrement que nous allons devenir unesuper nation de l’EBP ! On sent que beaucoup de kinés, les plus jeunes comme les moins jeunes, ont soif de connaissances et en plus, les français sont de très bons cliniciens.

Et alors quelle est ta vision de la kinésithérapie dans 10 ans ?

Idéalement, l’accès direct à la kinésithérapie ! Mais aussi, des bilans systématiques et connectés; avec Kobus App? ?

Notre pratique sera beaucoup plus basée sur l’éducation, la prescription d’exercices, la quantification du stress mécanique et du stress psycho-social que sur de la thérapie manuelle et des thérapies passives (électrothérapie, chaud…).

Les actes seront rémunérés de façon plus importante si d’ici là nous réussissons à démontrer que le rapport coût / efficacité de la kinésithérapie est extrêmement favorable pour les patients et la société !

La kinésithérapie sera en première place dans les parcours de soins de nombreuses pathologies (lombalgie, tendinopathie, arthrose, douleurs chroniques, …) ainsi que dans la prise de décisions opératoires. Pour moi, le kinésithérapeute devrait être le professionnel de santé le plus à même à pouvoir évaluer le résultat du traitement conservateur de nombreuses pathologies, c’est à dire la probabilité de s’en sortir et si oui à quelle hauteur, sans chirurgie.

Mais tout cela c’est possible à condition qu’on le démontre !

 

Merci Flavio d’avoir partagé avec nous ta vision de la kiné et ton optimisme ! On est bien sûr très en phase avec ce que tu décris et à notre petite échelle, nous allons faire de notre mieux pour faire de Kobus App un outil au service de cette belle vision de la kinésithérapie !

 

*** L’épisode 2 est disponible : https://kobusapp.com/blog/flavio-ebp-2/***

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