La réalité virtuelle a un intérêt pour la rééducation ! En tout cas chez les patients post AVC • Par Aubin Bouthenet

« Est-ce que la RV présente un intérêt dans la rééducation de l’instabilité du patient post-AVC ? »

Je m’appelle Aubin, j’ai 23 ans, et je suis diplômé de l’IFMK d’ASSAS. Actuellement je travaille en cabinet libéral, avec une pratique généraliste.

Réalité virtuelle

Pourquoi ce sujet de mémoire ?

Quand j’étais en stage à Garches à Raymond-Poincaré, des ateliers de danse étaient proposés pour des patients cérébro-lésés, lourdement handicapés. Je me suis rendu compte du décalage énorme de performance et d’engagement dans cette activité amusante comparé au travail plus « sérieux » fourni dans une salle de rééducation. Après avoir assisté à une démonstration de réalité virtuelle (RV), j’ai voulu m’y intéresser pour mon mémoire. C’est donc dans ce cadre j’ai réalisé une revue de littérature comparant les effets d’une intervention incluant de la RV sur l’instabilité de patients adultes post-AVC à une intervention conventionnelle. 5 ECR et 5 méta-analyses ont été inclus.

 

Qu’entend-on par « réalité virtuelle » ?

Il faut trois éléments : 

– Un monde virtuel : via un écran (externe ou via un casque de RV).

– Une immersion : la RV stimule un ou plusieurs sens, la vue (le plus fréquent), le toucher, l’ouïe, le goût et l’odorat. Cela donne une sensation de « présence » du participant dans le monde virtuel. 

– Une interaction avec le monde virtuel : le contenu du monde virtuel doit pouvoir être manipulé (via une télécommande, des capteurs de position/mouvement, etc.).

 

Pourquoi c’est intéressant, et particulièrement chez un patient post-AVC ? 

Théoriquement la RV pourrait améliorer la récupération sur plusieurs points : 

L’activation des aires visuelles peut aider à activer des aires motrices et c’est déjà un atout, d’autant que ces aires ont une vascularisation relativement indépendante.

Ensuite, plusieurs études ont montré que le jeu/la RV pouvait diminuer les symptômes de dépression. Quand on sait que 30% des patients post-AVC connaissent une dépression la première année et que c’est un facteur péjoratif de récupération, cet effet peut être important. De plus il a été montré qu’une meilleure adhérence du patient post-AVC à sa rééducation était liée à une meilleure récupération fonctionnelle, et la RV permet justement cela (Massetti et col 2018). Si l’on extrapole, la RV pourrait donc améliorer significativement la récupération.

Un élément supplémentaire est que la RV permet de diversifier la rééducation alors qu’il a été établi que la récupération post-AVC pouvait continuer bien au-delà des 6 premiers mois. C’est un argument supplémentaire pour l’utiliser.

Les résultats de mon travail montrent une efficacité similaire ou supérieure des interventions incluant de la RV, par rapport à une thérapie conventionnelle seule, sur l’instabilité des patients post-AVC. Et quand cela était évalué, les patients appréciaient plus l’entraînement incluant de la RV. 

 

VR

Les plus grosses limites selon moi concernent la définition :

La recherche ne différencie pas encore les types de RV. Par exemple un entraînement sur tapis roulant et un entraînement assis en RV, avec une Wii, avec un casque sophistiqué de RV, etc. sont simplement nommés “RV”. Sont-ils pour autant comparables ? Probablement pas. On aimerait des comparaisons entre les différents types de RV afin de savoir par exemple si une différence de prix entre une Wii et un matériel dernier cri se traduit par une différence d’efficacité.

 

Quelle utilisation dans la kiné de tous les jours ?

Le prix des équipements spécialisés reste élevé (10-15 000 euros, en 2020). Actuellement, une Wii avec une télé, coûte quelques centaines d’euros, cela peut être un bon compromis. Mais les systèmes de RV non pensés pour la rééducation, telle que la Wii, ne permettent pas d’adapter la difficulté des exercices, les contrôles, les systèmes de scores. On peut facilement frustrer son patient et ne pas pouvoir adapter les exercices. L’intérêt des systèmes modernes se trouve aussi la collecte de données pendant chaque exercice, ce qui permet d’évaluer objectivement et en temps réel le patient (et le motiver en lui montrant ses progrès chiffrés). Ils permettent aussi d’utiliser beaucoup de « matériel virtuel » différents, qui prendraient physiquement de la place dans le cabinet si on devait les stocker.

Ce que je retiens de mon travail est que si notre rééducation patine, que l’on veut la diversifier et redonner le sourire à son patient, utiliser de la RV est tout à fait justifié. On va pouvoir faire bouger son patient en évitant qu’il n’associe la rééducation à du “travail” et à quelque chose de contraignant, mais plutôt à quelque chose d’amusant ! Et il risque de se donner à fond sans même le remarquer !

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