L’accès direct à une reconnaissance de la profession ? • Par Agathe Stephan

Bonjour, je m’appelle Agathe. Actuellement jeune diplômée en masso-kinésithérapie de l’IFMK d’Alsace, j’ai récemment réalisé un mémoire de fin d’étude sur le thème de l’accès direct en France. Il s’agit d’une étude qualitative basée sur des entretiens semi-directifs réalisés avec des masseurs-kinésithérapeutes considérés comme experts du sujet. Ma problématique étant la suivante : “La prise en charge en accès direct de traumatologie musculo-squelettique : quels sont, selon les masseurs-kinésithérapeutes, les connaissances requises au diagnostic d’inclusion ou d’exclusion d’un patient ?”.

Le choix de ce thème a émergé d’une volonté d’approfondir un sujet qui me permettrait de me questionner et d’enrichir l’analyse de mes prises en charges musculo-squelettiques futures, dès le bilan initial. S’est posé alors la question d’étudier des tests diagnostic, leur mise en place et interprétation,  sans trouver grande originalité. J’ai donc poursuivi mes recherches jusqu’à fortement m’intéresser à l’accès direct : un sujet d’actualité. Nous trouvons dans la littérature grise et blanche de nombreuses conférences, sujets de mémoire, publications de débats et d’études. Cependant, des recherches plus approfondies sont encore nécessaires en raison du faible nombre de preuves des études examinées sur l’exploration de l’innocuité clinique de l’accès direct en kinésithérapie en France.

L’accès aux soins en France est en pleine mutation, notamment dans le domaine de la kinésithérapie. Les arrêtés relatifs au pacte de refondation des urgences accélèrent les réformes attendues par le projet Ma santé 2022. Celui-ci offrira la possibilité aux kinésithérapeutes de gagner en autonomie professionnelle pour la prise en charge de lombalgie aiguë et entorse de cheville : c’est l’accès direct. Récemment, le contexte de crise sanitaire à justifié un nouvel élargissement des compétences kiné afin d’alléger les tensions dans les laboratoires d’analyses médicales. En effet, l’arrêté du 15 septembre 2020 permet aux kinésithérapeutes préalablement formés de réaliser les prélèvements d’échantillons biologiques pour l’examen PCR.

En effet, ce contexte de crise sanitaire a fait émerger de nouvelles compétences, d’ordre médicales, aux kinésithérapeutes à une vitesse remarquable. La politique gouvernementale concernant la stratégie de lutte contre le COVID-19 repose sur la réalisation massive de tests virologiques PCR. Hors le personnel des laboratoires est débordé, les délais d’attente de réalisation de test ainsi que l’obtention des résultats ne font qu’augmenter.

Du jour au lendemain, un acte qui, de prime abord, semble peu légitime et applicable au domaine de la kinésithérapie est devenu tout naturellement accessible à tout confrère à condition d’avoir réalisé une formation d’une durée de 60 minutes.

Ce contexte de crise sanitaire prouve bien que l’évolution de nos pratiques est fortement dépendante des volontés politiques. Bien que dans ce cas précis, la nécessité est d’agir vite et au mieux, mais peut-être seulement sur le court terme. Ces dernières années l’activité des urgences françaises subit également une crise de saturation. Le nombre de passages annuels aux services d’urgence a doublé en 20 ans. Cette augmentation conséquente provoque alors des tensions croissantes ayant un impact économique, mais également sur la qualité des soins dispensés pénalisants les patients mais également le bien-être des thérapeutes.

Il semble alors légitime de se demander dans un premier temps pourquoi la crise des urgences, de plus en plus sous tension, ne permet pas un agissement aussi rapide de notre système de santé publique, afin de penser et appliquer, à l’image de nos confrères à l’étranger, prévenir et surtout optimiser nos soins sur le long terme. Dans un second temps, quelles sont les aspirations et considérations de santé publique des médecins lorsqu’il est imposable d’entreprendre des études expérimentales de 3 ans afin d’espérer un jour répondre à la crise des urgences traumatologiques, comparé à une formation express de 15 minutes, proposée du jour au lendemain, afin de soulager à la crise sanitaire actuelle. 

Les pays ayant adopté l’accès direct aux kinésithérapeutes pour des pathologiques musculo-squelettiques ont démontré des bénéfices économiques et cliniques. Qu’en est-il du modèle français ? L’accès direct permettrait-il de répondre aux problématiques actuelles du système de santé français ? L’objectif de mon mémoire a été d’étudier les particularités d’une prise en charge en accès direct en France, analysées par 4 kinésithérapeutes experts français. Les sujets de discussions principaux étaient alors : les garants d’efficience, de sécurité et les stratégies de collaboration interprofessionnelle.

Les entretiens ont mis en évidence que les notions suivantes : drapeaux rouges, sémiologie médicale, signes de gravité, raisonnement clinique, prévalence et épidémiologie des pathologies sont essentielles à une prise en charge en accès direct mais insuffisantes en sortie de formation initiale. Les kinésithérapeutes interrogés suggèrent alors la nécessité de créer une formation complémentaire, commune, axée sur les notions évoquées ci-dessus, afin de certifier la légitimité d’une prise en charge traumatologique en accès direct et réduire les disparités de compétences entre tous les kinésithérapeutes.

Cette conclusion est également soutenue par d’autres confrères ayant discuté ou réalisé des projets sur le même thème. Les kinésithérapeutes sont aujourd’hui légitimes d’élargir leurs actes de compétences, sous réserves de formations complémentaires, en raison de leurs connaissances qui se perfectionnent, la validité scientifique de leurs actes mais surtout par un besoin urgent de réorganisation de notre système de soins. 

Le support d’aide des kinés dans le contexte actuel d’utilisation de notre système de santé n’est-il pas assez urgent ou nécessaire ? Faut-il attendre un contexte de crise nationale violente pour réinventer notre système de soin et ainsi soutenir les professionnels de santé dans l’objectif d’améliorer les prises en charge pour tous ?

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