Le Masseur-kinésithérapeute face à l’enfant en danger : la difficile mais nécessaire décision d’alerter

• Par Lisa De La Broise

Bonjour, je m’appelle Lisa De La Broise, je suis masseur-kinésithérapeute salariée en pédiatrie et j’effectue en parallèle un Master 2 de Sciences de l’Education, Ingénierie de l’Éducation à la Santé et de l’Éducation Thérapeutique à Rouen.

Alice

Dans le cadre de mon mémoire d’initiation à la recherche, j’ai choisi de travailler sur le masseur-kinésithérapeute face à l’enfant en danger et la difficile mais nécessaire décision d’alerter. Ce sujet me tient particulièrement à cœur car il fait suite à diverses expériences de stages et discussions entre professionnels. Celles-ci m’ont fait prendre conscience que nous avions un véritable rôle dans le repérage de la maltraitance infantile, et que parfois, pour sauver des vies, être à l’écoute et attentif pouvait être déterminant.

Les masseurs-kinésithérapeutes ont une place essentielle dans la lutte contre la maltraitance infantile. Comme tout professionnel au contact des enfants, il va pouvoir repérer et passer l’alerte, prévenant ainsi les récidives, et de lourdes conséquences.

La maltraitance infantile regroupe tous les actes, intentionnels ou non, qui vont nuire à l’enfant. Parmi eux, les violences physiques, psychologiques, sexuelles mais aussi la négligence [1].

Il faut connaître et repérer les facteurs de risques et les signes cliniques les plus fréquemment présents chez les enfants victimes de maltraitance. On retrouve des facteurs de risques chez les enfants comme la prématurité, le handicap, ou des troubles du développement et/ou du comportement. Mais chez les parents, un isolement, des antécédents de maltraitances infligées ou subies, des troubles psychiatriques, des addictions, ou des troubles de l’attachement précoce peuvent également augmenter la vigilance des intervenants. D’autres éléments peuvent être présents lors de l’anamnèse comme par exemple :

– les tentatives de suicides,

– les conduites à risques,

– les pleurs inconsolables rapportés par des parents épuisés,

– un retard de recours aux soins, des plaintes somatiques récurrentes sans étiologies claire,

– des incohérences dans le discours des parents ou même directement, des révélations de la part de l’enfant. 

Rétrocontrôle de la marche

Il existe aussi des signes à l’examen clinique :

– des signes physiques  : ecchymoses, brûlures, morsures, fractures, signes de négligence

– des signes comportementaux de la part de l’enfant et de son entourage : modification du comportement, troubles du sommeil, intrusion ou indifférence des parents… [2,3].

La prise en charge en kinésithérapie permet de les identifier.

Il est impératif d’alerter ne serait-ce que face à l’un ou plusieurs de ces signes susceptibles d’entraîner une suspicion de maltraitance. Il s’agit alors d’une obligation pénale et déontologique pour le bien de l’enfant. Dans ce cadre, le secret professionnel ne s’applique plus [4–7].

En 2018, en France, 1 enfant mourrait tous les 5 jours sous les coups de membres de sa famille. C’est pourquoi, il est capital que chacun s’inscrive dans une démarche de prévention [8].

Plusieurs procédures sont alors possibles :

Par téléphone

119 et 15

– le 119 « allô enfance en danger »

– le 15 si la situation relève d’une urgence vitale ou d’un danger immédiat,

– Vous pouvez également contacter la cellule de recueil d’information préoccupante de votre département (CRIP) [9].

– ou encore le procureur de la république car ce dernier est le seul à pouvoir ordonner le placement immédiat pour la protection de l’enfant.

Cette cellule peut vous guider vers l’élaboration d’une fiche d’information préoccupante.

 

Par écrit

– Fiche d’information préoccupante datée, signée et claire.

– la plus objective possible (propos de l’enfant entre guillemets),

– comprenant des informations sur le professionnel, sur la famille et sur la situation.

– attention, l’auteur présumé des actes de maltraitance ne doit jamais être cité [10].

L’avenir de l’enfant sera alors dépendant du type d’alerte passé.

 

– Si le procureur de la république a été saisi, l’enfant va être placé le temps d’une investigation judiciaire. Selon les résultats, un juge des enfants ou d’instruction peut être saisi, et un placement provisoire ou un classement sans suites peut être ordonné.

– Si une information préoccupante a été transmise à la CRIP, une évaluation va être effectuée par des travailleurs sociaux dans les différents milieux dans lesquels évolue l’enfant. Selon les résultats, une protection judiciaire, administrative ou un classement sans suites sera ordonné [9].

 

Conclusion

Il est toujours difficile de découvrir qu’un enfant est en danger et de prendre la décision d’alerter, peu importe la situation. De nombreux freins peuvent se présenter en particulier lorsqu’il ne s’agit que de doutes. C’est pourquoi, de nombreux professionnels spécialisés tels que votre ordre départemental, la CRIP, le 119 ou diverses associations peuvent vous conseiller. Ce qui est essentiel, c’est d’en parler, plutôt que de regretter plus tard de ne pas l’avoir fait.

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Ressources

[1]   Organisation Mondiale de la Santé. La maltraitance des enfants n.d. https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/child-maltreatment (accessed October 8, 2019).

[2]   Haute Autorité de Santé. Maltraitance des enfants : y penser pour repérer, savoir réagir pour protéger. 2014.

[3]   Haute Autorité de Santé. Maltraitance chez l’enfant : repérage et conduite à tenir. 2014.

[4]   Code pénal – Article 226-3. vol. 226–3. n.d.

[5]   Code pénal – Article 226-14. vol. 226–14. n.d.

[6]   R. 4321-89 Soins aux mineurs > Code de déontologie des Masseurs-Kinésithérapeutes. n.d.

[7]   R. 4321-90 Protection des personnes victimes de sévices et/ou privations (article commenté) > Code de déontologie des Masseurs-Kinésithérapeutes. n.d.

[8]   CAB_Enfance, CAB_Enfance. Adrien Taquet présente la stratégie de prévention et de protection de l’enfance (2020-2022). Ministère des Solidarités et de la Santé 2020. http://solidarites-sante.gouv.fr/actualites/presse/communiques-de-presse/article/adrien-taquet-presente-la-strategie-de-prevention-et-de-protection-de-l-enfance (accessed April 18, 2020).

[9]   Ministère des Solidarités et de la Santé. Agir contre la maltraitance – Guide juridique à l’usage des professionnels de l’enfance. 2014.

[10] Conseil général de l’hérault. Guide de l’information préoccupante au signalement des enfants en danger. n.d.

https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/2.2._coordonnees_crip_de_france.pdf

 

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