Radiculopathie cervicale et programme d’exercices à domicile • Par Adèle Poitiers

Bonjour, je m’appelle Adèle Poitiers et je suis une jeune diplômée de l’IFMK de Laval. 
Pour mon mémoire de fin d’étude, je me suis intéressée aux radiculopathies cervicales. Mes recherches se sont axées sur leur prise en charge et plus spécifiquement sur les exercices que l’on conseille aux patients. L’objectif était d’étudier la pertinence de plusieurs outils thérapeutiques afin de constituer un programme à domicile pour les patients. Ci-dessous, voici un résumé des données actuelles que j’ai pu rassembler concernant le diagnostic et le traitement des radiculopathies cervicales. 

Avec une prévalence de 1,79 pour 1000 personnes par an [1], la radiculopathie cervicale est une pathologie couramment retrouvée dans nos cabinets. 

Les étiologies de la radiculopathie cervicale sont multiples et, en dehors de toute pathologie sérieuse, elles s’inscrivent fréquemment dans un processus dégénératif. On remarquera qu’à l’étage cervical, une hernie discale est retrouvée en lien avec la radiculopathie dans seulement 20 à 25% des cas [2]. Le développement de la symptomatologie serait la conséquence de la compression de la racine et d’une réponse inflammatoire. 

Les symptômes communs retrouvés sont une douleur au cou qui irradie dans le membre supérieur concerné, une paresthésie, une faiblesse musculaire et une perturbation des réflexes ostéo-tendineux [3]. Les symptômes sont généralement unilatéraux, plus rarement bilatéraux. L’irradiation va dépendre de la racine atteinte. La racine C7 est la plus touchée (de 31% à 81%), puis C6 (19% à 25%), C5 (2% à 14%) et enfin C8 (4% à 12%) [4].

 

Le diagnostic des radiculopathies cervicales doit être effectué avec précaution, en ayant écarté auparavant des pathologies plus graves qui nécessitent une réorientation du patient.

Le cluster de Wainner et al. comprenant 4 tests (le test de mise en tension neurale du nerf médian, le test A de Spurling, le test en distraction du cou et l’amplitude articulaire en rotation cervicale homolatérale) reste un outil intéressant. Il a une haute spécificité (0,99 lorsque les 4 tests sont positifs) [5].

D’autre part, une revue de littérature récente de Thoomes et al. [6] propose de combiner les tests qui ont une haute spécificité pour augmenter la probabilité de diagnostic d’une RC. Ce sont le Spurling test, le test de distraction et le test de compression du bras ; et d’écarter le diagnostic lorsque les ULNTs et le test de compression du bras qui présentent une haute sensibilité sont négatifs.

 

L’examen neurologique conventionnel peut être un outil pour suivre l’évolution des symptômes, mais ne permet pas de déterminer la racine atteinte. En effet, selon une étude de Murphy et al. [7], la douleur ne suit pas les dermatomes chez 69,7% des patients atteints d’une radiculopathie cervicale. 

 

Pour suivre le patient et vérifier l’efficacité du traitement, des questionnaires sont utilisés. On retrouve notamment l’index de handicap cervical ou NDI (Neck Disability Index). Ce questionnaire rapide d’utilisation permet au patient de classer les difficultés qu’il rencontre à exécuter certaines activités de la vie quotidienne. Il y a dix rubriques avec pour chacune, une échelle de 0 à 5. Le score maximum total est donc de 100 points. Plus le score est élevé, plus il met en évidence un fort handicap. La fiabilité test-retest de ce questionnaire est de 0,50 [5].

 

L’évolution naturelle des radiculopathies cervicales est encore mal connue. D’après les recommandations de l’APTA, l’évolution est favorable avec une résolution des symptômes en quelques semaines à quelques mois.

En cas de pronostic défavorable, lorsque le traitement conservateur ne permet pas la diminution des symptômes et que la perte fonctionnelle augmente, il peut être nécessaire de réorienter le patient, le traitement peut devenir à terme la chirurgie.

 

Concernant la rééducation, nous allons aborder ici la constitution d’un programme à domicile pour les patients. La littérature actuelle nous montre l’intérêt que nous devons porter aux exercices, notamment dans un objectif d’activation et de renforcement des muscles profonds du cou [8,9,10]. Il ressort qu’un programme progressif dans lequel les exercices sont effectués au départ sans résistance en isométriques sur les extenseurs, les fléchisseurs du cou en ajoutant progressivement de la résistance et le travail des stabilisateurs des scapulas semble efficace dans la diminution de la douleur et l’amélioration de la fonction.

Des exercices de neurodynamique peuvent être ajoutés au programme avec les mêmes objectifs de réduction de la douleur et d’amélioration de la fonction. L’intérêt de la neurodynamique est la modification des propriétés viscoélastiques du nerf, la diminution de la pression intra-neurale, l’augmentation de la mobilité neurale, la dispersion des substances pro-inflammatoires et la mobilisation indirecte des articulations. 

Les tractions cervicales mécaniques, bien que peu utilisées en pratique, semblent présenter un réel intérêt selon des preuves fortes dans la diminution de la douleur à court terme et l’amélioration de la fonction. Il peut donc être bénéfique de les utiliser en phase aigüe.  

Enfin, j’ai orienté une partie de ma recherche sur les exercices de centralisation sous modalités McKenzie. Mais actuellement selon un faible nombre d’études, les exercices de centralisation sous modalités McKenzie ne paraissent pas supérieurs à d’autres traitements. Ils semblent néanmoins présenter un faible intérêt à court terme dans la diminution de la douleur et de la kinésiophobie.

Concernant les modalités d’un programme à domicile, la recherche actuelle n’aboutit pas à un consensus. L’objectif est donc que le patient effectue régulièrement les exercices tout en apprenant à adapter les contraintes qu’il induit sur la zone chaque jour. Le nombre de répétitions/séries doit suivre son évolution et une progression. Voici ci-dessous un exemple d’exercices qu’un programme peut contenir.

Ressources

[1] Schoenfeld AJ, George AA, Bader JO, Caram PM. Incidence and epidemiology of cervical radiculopathy in the United States military: 2000 to 2009. J Spinal Disord Tech 2012;25:17–22. https://doi.org/10.1097/BSD.0b013e31820d77ea.

[2] Roux C-H, Bronsard N. Cervicalgie commune et névralgies cervicobrachiales. EMC – Appar Locomoteur 2016;11:1–17.

[3] Blanpied PR, Gross AR, Elliott JM, Devaney LL, Clewley D, Walton DM, et al. Neck Pain: Revision 2017: Clinical Practice Guidelines Linked to the International Classification of Functioning, Disability and Health From the Orthopaedic Section of the American Physical Therapy Association. J Orthop Sports Phys Ther 2017;47:A1–83. https://doi.org/10.2519/jospt.2017.0302.

[4] Greathouse DG, Joshi A. Radiculopathy of the Eighth Cervical Nerve. J Orthop Sports Phys Ther 2010;40:811–7. https://doi.org/10.2519/jospt.2010.3187.

[5] Cleland J, Koppenhaver S, Netter FH. Examen clinique de l’appareil locomoteur: Tests, évaluation et niveaux de preuve (2nd Edition). Elsevier Masson; 2012.

[6] Thoomes EJ, van Geest S, van der Windt DA, Falla D, Verhagen AP, Koes BW, et al. Value of physical tests in diagnosing cervical radiculopathy: a systematic review. Spine J Off J North Am Spine Soc 2018;18:179–89. https://doi.org/10.1016/j.spinee.2017.08.241.

[7] Murphy DR, Hurwitz EL, Gerrard JK, Clary R. Pain patterns and descriptions in patients with radicular pain: does the pain necessarily follow a specific dermatome? Chiropr Osteopat 2009;17:9. https://doi.org/10.1186/1746-1340-17-9.

[8] Noormohammadpour P, Dehghani-Firouzabadi A, Mansournia MA, Mohseni-Bandpei MA, Moghaddam N, Miri M, et al. Comparison of the Cross-Sectional Area of Longus Colli Muscle Between Patients With Cervical Radicular Pain and Healthy Controls. PM R 2017;9:120–6. https://doi.org/10.1016/j.pmrj.2016.06.020.

[9] Schomacher J, Falla D. Function and structure of the deep cervical extensor muscles in patients with neck pain. Man Ther 2013;18:360–6. https://doi.org/10.1016/j.math.2013.05.009

[10] Évaluation de la mobilité active cervicale. kinotes 2019. https://kinotes.fr/2019/04/07/6-evaluation-de-la-mobilite-active/ (accessed April 20, 2020).

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