Par Benoit Sibileau, MKDE, fondateur de l’atelier physio sport, directeur scientifique chez Kobus, formateur et rédacteur blog

L’entretien

Simple mais pas simpliste

Comment trouver ce qu’a notre patient ? Et bien souvent, c’est en le lui demandant !

Un moyen de le savoir est de chercher à identifier des éléments ressemblant à des schémas connus de façon à identifier une zone, et éventuellement une structure anatomique. De nombreux éléments de grande valeur diagnostique seront donnés spontanément lors de l’entretien par le patient, mais tous ne seront pas livrés directement. Il faudra être capable de préciser, voire de compléter les informations de la première partie de l’entretien dite « Patient guidé » ou phase sociale (ici) démarrée par une question ouverte.

C’est lors de la partie de l’entretien que l’on appelle « Thérapeute guidé » qui se déroule notamment avec des questions fermées que l’on affine ce qui a été exprimé avant. Celles-ci peuvent grandement compléter les informations fournies spontanément par notre patient, et permettent de faire un tri parmi ce qui a été exprimé. Et c’est à ce moment que les questions fermées, binaires sont utiles : « avez-vous mal en portant ? », « Avez-vous plus ou moins de douleur en bougeant ? », « Mer ou montagne ?», « Surf ou rando ?».

Cette méthode dichotomique simple permet d’identifier une zone responsable des symptômes. Il faudra ensuite trouver le lien avec le comportement des symptômes, notamment en s’appuyant sur les facteurs aggravants ou améliorants dans Kobus. Ce lien entre la zone et le comportement des symptômes doit permettre d’émettre des hypothèses de pathologies connues ou de structures responsables.

Le problème c’est que l’on  ne peut pas trouver ce que l’on ne connaît pas, même avec toute la bonne volonté du monde. Il restera à faire de nouveau un tri parmi les hypothèses, et la réflexion par systèmes permet de s’orienter face à des cas atypiques.

Comment démêler ?

Et ce, sans être omniscient !

La question devient alors comment connaitre et reconnaitre toutes les pathologies ? En cherchant ! Je plaisante, mais le meilleur moyen reste de se rapprocher de ce que présente, ce qu’exprime notre patient, comme signes et symptômes, de notre expérience, ce que nous avons appris, ou de ce qui est décrit dans la littérature.
L’expérience accumulée a donc un rôle à jouer, le clinicien a en tête de plus en plus de schémas de comportement de symptômes associés à des zones responsables, mais cela se limite à son domaine d’exercice.

Avec trois soucis :

1/ Comment faire lorsque la présentation clinique sort de son domaine d’expertise ?
2/ L’expérience ne suffit pas à développer une expertise si l’on ne fait pas suffisamment attention aux cas que l’on rencontre au cours de sa carrière.
3/ Comment faire pour, en début de carrière, obtenir des résultats satisfaisants, alors que l’entretien est quelque chose qui est censé ne s’apprendre qu’en le faisant, (ici) sans que je ne sois forcément d’accord (et j’en parlerai ici).

Un bon moyen d’aller vite et de s’assurer de la pertinence de notre prise en charge est de réfléchir dans quelle partie du système humain le problème trouve son origine. Il s’agit donc de savoir si un problème trouve son origine dans le système cardio-vasculaire, nerveux, respiratoire, musculo-squelettique, digestif, génito-urinaire, voire endocrinien.

En France, le triage initial est réalisé par le médecin, il est logique de trouver en consultation kinésithérapique des pathologies que nous pouvons prendre en charge. Mais, il est intéressant de réfléchir en identifiant l’un des systèmes humains comme le principal responsable sans qu’il soit forcément le seul, ce qui serait simpliste. Le comportement, la topographie des symptômes pourront être très différents en fonction du système responsable. Par exemple, pour dissocier une douleur référée d’origine cardiaque ou somatique locale d’épaule. L’identification du système guidera fortement les choix de traitement et de prise en charge.

Il peut suffire d’utiliser des questions binaires ou dichotomiques afin de faire le tri entre les différentes hypothèses, trouver l’origine et définir le traitement ou la surveillance appropriée.

La combinaison de la réflexion par système et la maîtrise des dichotomies lors de l’entretien permet de prendre des décisions rapidement et ainsi de gagner du temps sur le traitement, et ce à tout moment de sa carrière, que cela soit dès les premières années post diplôme ou après des dizaines d’années d’exercice !

Parfois on utilise des mots compliqués et il est toujours bon d’en relire la définition, alors pour vous comme pour moi : omniscient et dichotomie

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2018-08-30T10:34:13+00:00

One Comment

  1. Philippe Delbouille 30 septembre 2018 at 20 h 00 min - Reply

    Un très bon article sur la physio du sport, en tant que kinésithérapeute, je valide. Bonne continuation.

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